plage gay

Au fond du parking se trouve un chemin sauvage qui vous mènera à La plage gay

Un havre commercial tout près d’une plage familiale

La chaleur de l’été touche à sa fin, le mois de septembre s’annonce déjà et avec lui la reprise du train train quotidien. Pourtant le soleil s’accroche encore et de belles journées plages sont encore possibles. Dans le sud ouest, les plages gays les plus connues, et les plus courues sont celles du Porge et de Biscarosse. L’emplacement de chacune d’elle révèle le chemin qui reste à parcourir, l’étendue de ce qui reste encore possible et qui reste à conquérir. Prenons l’exemple de la plage du Porge, à une quarantaine de kilomètres de Bordeaux. Vous l’aviez deviné sans même que je vous en parle, il s’agit avant tout d’une plage familiale.

Le Porge-Océan

Le Porge-Océan

La route principale vous mène à un grand parking aménagé et à une petite place qui s’est faite au fil des ans. Sur cette place, baraques à frites, restaurants en tout genre et vendeurs de glaces ou de chichis se succèdent et se font concurrence pour appâter le chaland. Il y a des sanitaires, des bancs et des lampadaires pour les apéros et les diners nocturnes. Je vous le dis sans détour, l’ensemble est moche, mais ce n’est pas ça qui compte. Cette place n’existait pas il y a cent ans, elle mène vers une plage agréable et surveillée qui devait elle aussi être sauvage il y a encore quelques dizaines d’années. C’est à force de fréquentation que la mairie bétonna un passage, entrepris l’installation électrique et l’arrivée d’eau avant d’y autoriser les commerces.

Dans l’ombre, une plage gay

La plage gay est plus loin, beaucoup plus loin. En fait, on ne la voit pas du tout. Il y a même sûrement des centaines et des milliers de familles qui viennent se rafraichir sur la plage du Porge et déguster des glaces en familles sans se douter une seule seconde qu’il y a plein de gays juste à côté. En fait d’à côté, c’est plutôt au fond du fond du parking qui est à la droite de la place dont je vous parlais. Lorsque vous arrivez au fond du fond, il y a un avantage. Il reste parfois quelques places pour se garer.

parking plage

au fond du parking, derrière les camping cars

Si ce n’est pas le cas, vous devrez alors vous garez bien avant la place conviviale et familiale. Vous devrez vous garez sur le bas côté, tout près du camping sur la route principale. Camping, familial évidement, qui se trouve tout de même à un bon quart d’heure – vingt minutes de marche de la place à restaurants et vendeurs de crêpes nutella pour les enfants comme pour les grands. Récapitulons. Vous allez au fond du fond du parking pour vous rendre compte qu’il n’y a plus de place, alors vous ressortez du parking, vous repassez devant la place et vous remontez encore et encore la route principale quitte à remonter jusqu’au niveau du camping… pour vous garer. Vous n’êtes pas sot, vous aurez compris qu’il vous faut à présent vous taper tout le chemin à pieds. Compter une demi-heure à trois quarts d’heure. Une fois arrivé en nage au fond du fond du parking, il y a un sentier. Voilà le chemin qui vous mènera à la plage tant désirée. Vous croiserez quelques cyclistes, quelques promeneurs égarés mais vu que le sentier n’est pas vraiment aménagé, vous n’y croiserez que d’autres gays. Juste pour info, compter tout de même un bon quart d’heure de sentier.

Ken & Ken à la plage

Ken & Ken à la plage

Un bon quart d’heure de sentier à peine aménagé que vous allez devoir quitter au bon moment sinon vous risquez de louper le passage le plus accessible pour vous rendre à la plage. Pas de panneau, pas d’indication. Vous vous engagez donc dans le passage qui mène vers une dune que vous franchirez chaussures ou tongues aux pieds car personne ne sera venu ramasser les bout de bois et autres joyeusetés durant la nuit ou au petit matin. Compter dix minutes pour atteindre le sommet de la dune. Vous êtes rendu. Reste plus qu’à descendre pour vous trouver une place. Il vous aura fallu environ une heure.

On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a

La plage gay du Porge est ancienne. Son emplacement, son côté reculé sont aussi les résultats d’une époque. Le placard était la norme, la plage gay du Porge était le placard gay de la plage familiale du Porge. Et quelque part, elle l’est restée. S’y rendre à toujours quelque chose de clandestin. Passer par derrière, profiter d’un sentier absolument pas aménagé à cet effet, sentier qu’il faut d’ailleurs abandonner pour bifurquer au bon moment… La plage gay est secrète, s’y rendre est un jeu de piste. La plage gay était aussi un havre. Un endroit isolé peut être dangereux mais il peut aussi être sécurisant, surtout pour des gays grands amateurs de naturisme. Et qui dit naturisme dit aussi se retrouver dans une position hautement vulnérable. Vulnérable aux regards homophobes venus se rincer l’œil et se fendre la poire, vulnérable aux quolibets, vulnérable aux violences. Cette vulnérabilité est toujours d’actualité malheureusement. Pourtant l’époque est différente. Les quartiers gays des centres villes du monde occidental ne sont certes plus ce qu’ils étaient mais ils ont prouvé une chose. A plusieurs, on est plus forts. Les commerces gays les uns à côté des autres ont offert une visibilité, un repère dans la ville mais aussi une certaines sécurité. Dans le marais, à Paris, ces trois dimensions sont toujours présentes, quoi qu’on en dise. Il n’est pas question de transformer toutes les plages gays de France en ghettos gays revendiqués, mais puisque désormais on sait que les gays s’y rendent chaque année, qu’ils sont sympas et qu’ils rigolent souvent, qu’ils n’ont en général jamais sacagé l’endroit, qu’ils sont souvent hétéro friendly et qu’ils savent se tenir devant des ‘tits nenfants, qu’ils adoôoorent boire des verres en terrasses et qu’ils seraient ravis de participer aux finances de la ville en se payant un cornet de glace ou un steak frites accoudé à une buvette, même simplette, même vieillotte et rudimentaire. Pourquoi n’aménage-t-on donc pas un petit espace, pas grand chose en fait, un lopin de sable même pas bétonné. Même juste un chiotte. Même sans lumière. Après tout, on paye des impôts nous aussi.

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