Comment se retrouver à faire tapisserie à son propre café entre collègues

Vite, du café

Plantons la scène. La salle de pause de votre travail. On est au milieu de la matinée et depuis des lustres il est entendu avec certains collègues de la maison que le milieu de la matinée était le moment idéal pour se retrouver pour faire un break, où que vous travailliez dans l’entreprise. Alors quelques minutes avant l’heure fatidique, vos collègues sortent de partout, de tous les étages, quelques soit le service.

Les stars de la pause café
Les stars de la pause café

Certains arrivent par les escaliers, d’autres par l’ascenseur. Il y en a qui montent, il y en a qui descendent. Tous se rejoignent et sont rejoints par les petits veinards qui n’ont eu qu’à longer le couloir ; la salle de pause, baptisé lounge pour faire American, étant au bout de celui ci. Une petite pièce à peine chaleureuse, une table en formica et des chaises de cuisine empilées en tas les unes sur les autres contre une sorte de vieille console en contreplaquée faite maison, autrefois sûrement très jolie, maintenant branlante et un peu gondolée. Dessous : un petit frigo qui avait le mérite d’avoir la taille qu’il fallait. D’abord il rentrait parfaitement, il calait la console et depuis il l’empêche de s’effondrer. Dessus : un plateau de la cantine avec des « touillettes » en plastiques en vrac, toute sorte de sucre dans leurs emballages d’origine et des tupperwares tous plus ou moins bien remplis de gâteaux industriels, tous étiquetés avec des prénoms. A coté, l’unique intérêt de l’endroit : la cafetière, même pas belle d’ailleurs.

Une cafetière, un groupe

Vous soupçonnez depuis longtemps que la convivialité blafarde du lieu en disait long sur l’intérêt mis par vos patrons dans le bien être de son personnel et vous vous demandez souvent et très justement si en baptisant lounge une sorte de buanderie, vos patrons n’en riaient pas encore de temps à autre entre eux dans leurs bureaux coquets et confortables. Mais le but de ma petite histoire n’est pas là. Il vous est déjà arrivé d’être un peu à la bourre pour ce rendez-vous caféiné quotidien, parfois vous étiez même bon dernier. Aujourd’hui vous êtes le premier, vous vous dépêchez donc de lancer le café. Vos premiers collègues arrivent et vous claquent la bise. Les suivants débarquent. En cinq minutes, la cagibi lounge est plein. Les cafés sont servis, tout le monde est assis autour de la table défraîchie et les touillettes touillent. Tout le monde parle, vous aussi. D’abord avec vos voisin, puis à l’assemblée. Vous êtes un groupe, vous êtes entre collègues mais vous êtes entre amis aussi. Vous le savez. Et vous appréciez ces moments là. Ils rendent le travail tellement plus agréable.

Une anecdote familiale

Ce matin, une anecdote plutôt stressante qui est arrivée la veille à un de vos collègues, l’informaticien, s’invite dans la discussion au moment où vous ouvriez votre tupperware à votre nom.

L'indétrônable boite à biscuits
L’indétrônable boite à biscuits

Son fils s’est cassé la jambe en faisant du skate. Larmes, affolement, pompiers, urgence, hôpital… tout le toutim. Vous vous êtes vous même casser une jambe il y a deux ans. Vous descendiez connement de votre terrasse pour aller dans votre jardin y planter des fleurs et patatras. Un mauvais pas, une chute bien lourde, des fleurs écrasées et une douleur intense. Vous avez dû ramper jusqu’au salon pour atteindre votre téléphone et appeler à l’aide. Les pompiers ont dû intervenir et défoncer la porte pour vous récupérer puisqu’il vous était impossible de vous traîner jusqu’à la serrure pour ouvrir aux ambulanciers. Civière, transport, urgences et hospitalisation. Des heures et peu d’empathie, un calvaire. Tous vous écoutent raconter cette expérience solitaire en croquant un gâteau. Mais votre collègue informaticien revient à son fils, et à sa femme. Elle n’en a pas dormi de la nuit, la pauvre.

Deux rôles sociaux

La pauvre ? manque de s’étouffer aussitôt votre collègue secrétaire tandis qu’elle commençait à siroter son café. Elle repose sa tasse brutalement sur la table en formica. Elle sent derrière cette petite pique une grosse trace de machisme bien gras. Ça la fait se redresser et ouvrir grand ses yeux. Les hommes en rigolent et vous en rigolez aussi. Tout le monde sait dans votre petite bande que la secrétaire part au quart de tour et s’en amuse souvent. Oui, la pauvre… s’amuse donc l’informaticien en retour, il ne fait que dire ce qui s’est passé. Sa femme est une grande peureuse et une grande pleureuse, c’est tout ! explique-t-il mollement, en mâchant. Vos deux collègues du service gestion et du service comptabilité prennent son parti. Ils ne connaissent pas personnellement la femme de l’informaticien mais vu comme il en parle depuis des années, ce qu’il dit ne peut être que vrai. La femme de l’informaticien est une chochotte. La secrétaire est choquée. Ses yeux sont tous ronds.

Une guerre des sexes

Si vous aviez été une mère, vous auriez réagi totalement différemment ! s’emporte-t-elle. Vos trois collègues des ressources humaines et du service communication acquiescent.

Oh les belles touillettes
Oh les belles touillettes

Ça les fait se redresser et poser leurs tasses, elles aussi. Même la plus timide d’entre elle, la communicante, se manifeste comme à chaque fois qu’elle peut parler de son fils. Tout le monde se tait tandis qu’elle murmure : son petit garçon la fait frémir dès qu’elle et son mari partent en famille au ski. Et c’est normal !!! la félicite la secrétaire. Vous voyez ? La pointe-t-elle du doigt aux hommes en la prenant pour preuve. La communicante est une bonne mère. Mais qu’en est-il de Ton Fils ? interroge l’une des collègues des ressources humaine d’un ton plus qu’inquisitoire. Comment va-t-il ? exige-t-elle de savoir. Il est toujours à l’hôpital, lâche l’informaticien en buvant une petite gorgée de café. Tout seul !!! éclatent les femmes à l’unisson. Non, ma femme est avec lui. C’est elle qui s’était déjà occupé de lui tout hier alors…

Un clash

La coupe est pleine. Ras le bol des mecs ! se lève la secrétaire qui part sur le champs en claquant la porte du cagibi lounge. Oh… mais vous prenez toutes la mouche pour un rien ! soupire le comptable en terminant d’une traite son café. Ouais, c’est clair s’esclaffe le gestionnaire en finissant le sien d’une grosse gorgée bien virile, vous êtes toutes de grosses chochottes toutes mouillées ! Les filles sont scandalisées. Ça se voit dans leurs gros yeux, même dans ceux de la timide et frêle bonne mère de communicante. Comme vous sentiez plus ou moins concrètement que la pause café touchait à sa fin, vous avez rangé votre boîte tupperware personnalisée et vous étiez sur le point de ramasser une ou deux touillettes quand votre collègue des ressources humaines vous surprend et vous reprend brusquement, vertement. Non !!! Aux Hommes de bosser !!! Elle est catégorique. Les filles ne débarrasseront rien aujourd’hui. Sur quoi, elle tourne ses talons aiguilles, s’élance, empoigne sa collègue dans sa foulée et claque la porte en tâchant de faire plus violent que la secrétaire. La peinture craquelée du plafond s’écaillent davantage et quelque flocons tombent. Les hommes en sifflent. Bon ben, à nous de débarrasser se lèvent-t-il, un peu pantois face à la tâche qui les attend.

une tapisserie

Deux secondes plus tard, les Hommes sont partis après avoir tout jeté pèle-mêle dans une bassine et la frêle et lente communicante se lève enfin puisqu’elle se retrouve toute seule avec vous.

Zach Braff faisant tapisserie
Zach Braff faisant tapisserie

Elle vous accompagne vers la sortie. Elle qui ne vous dit jamais rien puisque vous ne tenez pas trop à parler de son enfant se met à vous parler. A vous parler de ce lounge aussi pourri qu’étroit. Puisqu’elle sent que ses émotions ne se voient pas, elle vous les décrit ; elle est vraiment outrée, outrée, outrée. Elle est vraiment, vraiment, vraiment moche cette pièce. Au moins il pourrait repeindre les murs. Et vous quittez le lounge avec elle en vous disant que ce n’est pas bien grave de toute façon puisque vous faisiez tapisserie.

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