De beaux danseurs pour de jolies photos

Avant de commencer quoi que ce soit, je voudrais vous montrer en une photo l’objet de mon article sur la danse. Au hasard, disons celle-ci, du photographe estonien Albert Kerstna :

photo d’Albert Kerstna

Si vous êtes toujours intéressé, commençons par un constat avant d’envisager la photographie de beaux gosses en mouvement et de nous pencher sur le parcours de trois photographes spécialisés, dont un que j’apprécie tout particulièrement.

Les hommes et la danse, un bien triste constat

 

 

Le Studio Harmonic est une institution de la danse situé dans le 11ème arrondissement à Paris. C’est une école de formation qui prépare chaque année des jeunes danseurs au diplôme d’État de professeur de danse.

 

 

C’est aussi le plus grand centre artistique pour amateurs et professionnels de la capitale. Il s’étend sur 1000 m² et se décompose en huit grands studios aménagés. On s’y forme à toutes les disciplines : classique, moderne, contemporain, jazz, claquettes, hip hop, salsa, danse africaine, orientale, espagnole, tango, etc…

 

 

Le Studio propose des stages intensifs, des cours sur l’année, des formations complètes… le tout à des tarifs abordables et avec une politique d’ouverture à tous les publics. L’objectif premier : être le point de rencontre de tous les passionnés de la danse, sans exception. Un idéal, en quelque sorte.

 

 

 

Pourtant, lors d’une interview accordée au magazine Vanity Fair en 2014, Christine Mélot, alors directrice du célèbre Studio, se rendait tout de même à l’évidence. Si le public des différents cours et formations proposés par le centre est effectivement aussi divers que varié, il reste en moyenne invariablement à 80 % féminin. Le point de rencontre tant recherché se révèle plutôt sexué en fin de compte. 

 

 

Pas besoin d’être fin sociologue ou encore un enquêteur hors pair pour deviner que les à priori et les préjugés empêchent nombres de garçons ou jeunes hommes à choisir la danse comme hobby ou activité extra-scolaire.

 

 

 

Davantage que la dimension sexuée ou le soit-disant caractère féminin de l’activité, c’est le lieu commun de l’homosexualité qui tue dans l’œuf bien des envies. Le hip hop ou le breakdance semblent épargnés, mais pour le reste, de la danse contemporaine à la danse sportive, la danse ne serait qu’une activité de fille et de “tapettes”. Le pire du pire restant bien évidement la danse classique, la plus “tapette” de toutes.

 

Un sacré retournement des choses et des perceptions si l’on considère qu’historiquement, aux origines de tout, la danse classique était réservée aux hommes, exclusivement ! Plutôt que de me lancer dans un récapitulatif exhaustif du pourquoi du comment on en est arrivé là, je vous propose plutôt d’admirer le travail de trois photographes. Tous ont le point commun de savoir comment regarder un danseur. Tous mettent à l’honneur la danse au masculin.

 

 

 

Patricio Melo, danseur et photographe officiel

À l’origine, le chilien Patricio Melo était danseur pour la Santiago Ballet Company avant de devenir photographe, puis le photographe officiel de Luis Ortigoza, le danseur étoile du Santiago Ballet. Dans une interview en 2013 pour le site “The Wonderful World of Dance“, Patricio Melo s’extasiait : “l’une des raisons pour laquelle j’aime la photographie, c’est qu’elle a le pouvoir de capturer une fraction de temps et d’en faire à jamais une rencontre magique”. Je vous laisse juge du résultat.

Pour ma part, je pense que les photos sont effectivement très jolies, je les aime beaucoup, mais je n’y vois pas vraiment de magie. J’y vois surtout de la technique, ce que j’apprécie d’ailleurs. Ce sont des photos de scènes parfaitement réalisées, Patricio Melo doit donc avoir une parfaite connaissance de la chorégraphie pour pouvoir se placer au bon endroit et capturer le saut ou la posture au moment où il faut. La maîtrise de la vitesse lors de la prise de vue est essentielle, pour éviter le flou de mouvement. Le saut ne se répétera pas deux fois.

 

Il faut également solidement tenir son boîtier et photographier sans trembler, pour éviter tout flou de bouger. Comme je suppose qu’il est hors de question d’utiliser un trépied, trop lourd et encombrant à déplacer d’une prise de vue à l’autre, j’imagine que Patricio Melo s’entraîne en même temps que s’entraînent les danseurs, afin d’être sur le pied de guerre lors de la répétition générale en costume. Car je doute fort que Patricio Melo fasse ses photos sur scène au milieu des danseurs et avec le public derrière lui. Donc, vous disais-je, pas mal de technique et une parfaite connaissance de son appareil.

 

Les formes sont superbement mises en valeur, des pieds jusqu’aux bouts des doigts, et davantage que le corps en mouvement, c’est l’expression et l’intention dans le regard qui touchent. Pourtant, je ne ressens toujours pas de magie. Sans doute parce qu’au fond je considère qu’il ne s’agit que de photos de scènes, scénographiées par quelqu’un d’autre et que Patricio Mélo ne se contente que d’en capturer quelques instants. N’est-il pas d’ailleurs le photographe officiel du danseur étoile Luis Ortigoza et de tout le Santiago Ballet ?

Carlos Quezada, le danseur devenu photographe professionnel

Dans l’article cité plus haut, Patricio Melo disait être encore en phase d’apprentissage. La photographie est un art qui prend du temps. Ce qui nous amène au mexicain Carlos Quezada, dont j’estime que la maîtrise photographique se situe un poil au dessus.

Auto-potrait de Carlos Quezada

Ancien danseur lui même, il s’est lancé dans The Male Dancer Project il y a quelques années déjà. Un projet personnel qui se résume à un objectif : capturer les meilleures poses de danseurs professionnels masculins. Un beau projet, vous en conviendrez. Depuis 2013, Quezada perfectionne ses captures, cherchant les clichés épiques et les postures emblématiques. Il photographie les meilleurs danseurs de ballet et de danse contemporaine du monde entier.

Avec une excellente prise en main de l’appareil photo et une qualité pour capturer l’instant, le travail de Carlos Quezada est reconnu dans le monde entier. Il a travaillé notamment comme photographe professionnel de la compagnie de danse de Mexico (UNAM).

La question reste cependant posée : la photographie version Carlos Quezada suscite-t-elle la magie ? Pour moi, la réponse tient en un chiffre. Environ 10 000 euros. Voilà le prix du boîtier Hasselblad X 1D (5 990 euros), couplé à son objectif fixe 80mm de la même marque, hyper lumineux (ouverture à f/1.9) et stabilisé pour à peine 4 699 euros.

Hasselblad

Et je ne prends pas en compte les huit à dix flashes Profoto de toutes formes qui modèle la lumière et les ombres. Tous ces “joujoux” sont mis en avant par Carlos Quezada lui-même dans ses vidéos de masterclass sur sa chaîne You Tube. À ce prix là, non seulement on évite de faire de la merde en photographiant des boudins, mais surtout on maîtrise les engins comme un chef. Le résultat est sans surprise, bluffant ! Les photos sont aériennes et poétiques. Je ne saurais dire si les poses ou les postures sont emblématiques de la danse masculine mais le rendu est à la fois délicat, énergique et athlétique. Davantage que de la photographie de scènes, il s’agit de portraits.

Pour son projet The Male Dancer Project”, les danseur ont laissé leur traditionnels collants moulants pour un bermuda, un jean ou un simple maillot. Si certaines photos révèlent un fort homo-érotisme dans les postures ou les cambrures, toutes sont davantage axées sur la physicalité du mouvement. Le dynamisme des courbes, le port de tête expressif, la fermeté des pointes et l’élégance des bras et des mains, autant d'”outils” physiques et artistiques dont un danseur dispose et maîtrise pour créer une ambiance, un personnage et une illusion de facilité. 

 

Quezada possède non seulement la maîtrise de ses “joujoux” pour capturer l’instant (après plusieurs prises quand même, j’imagine) mais il exploite très habilement tout le potentiel de ses projecteurs (plusieurs milliers d’euros pièces !) pour que le danseur soit à son avantage : musclé, svelte et sexy. Je pense qu’on pourrait effectivement ajouter magique, du coup.

 

 

Omar z robles, la danse et l’architecture

Pour terminer, je vous propose ce troisième photographe, le portoricain Omar Z Robles. Sa particularité est de capturer des danseurs de ballet dans les rues de New York, où il réside, mais également dans d’autres grandes métropoles.

 

 

 

Voici quelques-uns de ses très beaux clichés, entre grâce, légèreté et architecture urbaine colorée. Omar Z Robles est un photographe basé à New York. Ces photographies juxtaposent les lignes épurées des danseurs professionnels et les paysages urbains dans leur plus plate banalité. Dans une interview, l’artiste explique qu’il demande aux danseurs de raconter une histoire avec leurs corps comme il l’avait appris du mime Marceau lorsqu’il était étudiant à Paris.

 

 

Le résultat donne une armée d’histoires miniatures racontées par la fluidité des corps des danseurs. Le contraste fonctionne magnifiquement. Sous son objectif, les danseurs se livrent à une série de grands jetés, grands battements, pirouettes ou arabesques. Lui, n’a plus qu’à capturer l’instant, saisir la beauté du geste, sur pointes ou en plein vol. La ville, ses grandes rues touristiques comme ses ruelles populaires ou le mobilier urbain et les câbles électriques deviennent à la fois une scène et un décor.

 

 

Un univers commun à tous et auquel chacun peut s’identifier. Entre déséquilibres citadins et esthétique élancée des danseurs, la réalité brutale de la ville devient une toile de fond pittoresque, insolite et incongrue. Les spectateurs pris également sur le vif deviennent acteurs de la photographie. Ils amènent une touche locale, aussi bien ethnique que genrée. Les bagnoles mal garées, un lampadaire éclairé, le chien qui passe… tout est sujet, tout concoure à ramener sur terre l’acte de danser.

 

Dans cet univers matériel et concret, la danse, par sa présence même, devient une réalité alternative. Une histoire qui se raconte. De la fantaisie au milieu de l’ordinaire impersonnel. En résultent des clichés à la magie pleine de contrastes, qui se regardent, s’apprécient, et qui finissent par atteindre l’imaginaire personnel du spectateur, en y laissant une myriade de silhouettes gracieuses comme autant de grains de folie dans la brutalité du quotidien. Un peu de magie, vous dis-je.

 

 

 

Pour la route, voici quelques beaux danseurs en action :

 

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