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James bond ou l’arrivée d’un nouvel homo-érotisme


Quand James Bond est plus sexy que les James Bond Girls




La sortie du premier James Bond

En 1962 sort James Bond contre le Dr No de Terence Young, adaptation du roman d’espionnage de l’écrivain britannique Ian Fleming. Tourné avec un budget modeste, il devient pourtant un énorme succès financier et lance la franchise que nous connaissons tous aujourd’hui. La grande moitié de la promotion internationale de l’époque mise sur plusieurs arguments massifs.

 

D’abord une musique de film entêtante signée Monty Norman, ensuite d’innombrables scènes en extérieur exotiques photographiées en 35mm et en technicolor.

 

 

Et enfin une Sunbeam Alpine biplace décapotable, sportive et élégante, en bref une belle bagnole de célibataire.

 

 

 

 

 

L’autre argument du film, et non des moindres, la promesse faite par l’affiche originale d’y voir des bombasses en bikini comme s’il en pleuvait. Bombasses parmi lesquelles figurait La Bombasse en chef, celle sur qui reposait l’autre grande moité de la promotion du film, Ursula Andress. Ou disons pour être plus précis, le bikini d’Ursula Andress.

 

 

 

 

 

Au sortir des années 50, un nombril visible était encore indécent. Seule Jayne Mansfield, Brigitte Bardot ou quelques autres avaient osé s’afficher dans cette si petite tenue. Ursula devint donc instantanément et mondialement un prénom un peu cochon. Davantage encore que le nom de son personnage, Honey Rider, pourtant bien plus explicite. Mais tranquillisez-vous, je n’ai nullement l’intention de vous faire subir tout un article sur Ursula Andress. Même en bikini.




Bond, un nom synonyme de mâle

 

Ian Fleming avait conçu son James Bond comme un nouveau type de héros masculin. Un agent secret séduisant, élégant, sûr de lui, plein d’humour British et très porté sur la chose. Mais avant de parler du phénomène érotique que représentait son arrivée au cinéma, peut être serait-il judicieux de présenter succinctement à quoi ressemblait l’érotisme masculin hollywoodien avant lui.

 

D’abord il y avait le héros type cow-boy ou soldat. Un bon gars loyal, brut de pomme, viril, actif et peu loquace. Pensez à John Wayne ou à Kirk Douglas dans un bon western ou un film de guerre. Un visage marqué par la vie, s’envoyant une rasade de Whisky avant d’aller combattre pour la justice version U.S et la vérité vraie.

 

De l’autre côté, il y avait le beau mec sensuel au visage d’ange, cérébral et bien fringué mais torturé, déchiré, et du coup solitaire et forcément incompris du reste du monde, si terre à terre. Le profil bien en phase avec l’essor de la psychanalyse de ces années là. Pensez à Marlon Brando ou à Paul Newman, voire James Dean. Pas le genre pleurnicheur noyé dans sa bière ou dans son verre de scotch, plutôt celui qui à un moment du film se dresse et se met à crier subitement et à pleins poumons son dégoût du monde et sa douleur d’être lui.

 

 

Un troisième type de héros était déjà une forme d’agent secret, ou de détective privé, parfois un policier rebelle à sa hiérarchie. Pensez à Humphrey Bogart ou à Richard Widmarck, voire William Holden. Lui aussi est souvent dégoûté par le monde qui l’entoure. Il est solitaire, son visage est livide car désabusé, le monde tel qu’il est l’a rendu moralement ambigu et souvent il n’est solidement tenu que par une bouteille de bourbon.

 

 

 

 

C’est là, à l’orée des années 60 qu’arrive le très British James Bond. Athlétique, sophistiqué, cultivé et toujours impeccable. Il sirote une Vodka Martini, au shaker et pas à la cuillère, tue sans remords visibles, séduit sans effort apparent toutes les bombasses qui passent et sauve le monde in extremis juste avant le générique de fin. La grande classe ! Un subtil dosage de force animale et de sophistication britannique pour une masculinité hétérosexuelle triomphante.

 

À moi à présent de vous démontrer que même dans ce genre de production hyper hétéro-centrée, l’homo-érotisme n’est jamais très loin. Jamais jamais.




L’érotisation de James Bond

Avant tout, James Bond n’est pas gay ! À l’origine, il représente le renouveau du beau gosse viril, dominateur et sûr de lui. Pourtant, dès la première adaptation cinématographique dont je vous parlais plus haut, la manière dont sa virilité est présentée suscite la circonspection. Car à vrai dire, si sa virilité est bien omniprésente, elle n’est pas présentée, elle est offerte aux regards du spectateur.

 

 

 

 

Pour la première fois au cinéma et tout au long de ce premier film, le regard du public est consciemment dirigé par les angles de prise de vue vers le corps du personnage. Dès ce premier opus, Sean Connery, qui avait par ailleurs été culturiste de compétition dans les années 1950, apparaît torse-poil. Connery impose ainsi dès les origines de la saga un Bond athlétique aux épaules larges et musclées. Une carrure qui deviendra au fil des épisodes quasiment un personnage récurrent, même si après Connery, son apparition à l’écran est plus discontinue.

 

 

 

Par exemple, les scènes torse nu avec Roger Moore et Pierce Brosnan sont assez rares. Il y a bien quelques moments légers avec George Lazemby ou Timothy Dalton, mais rien de marquant. Pourtant, que les apparitions soient brèves ou plus longues, elles sont toujours là.

 

 

Dans tout film de James Bond qui se respecte, son corps doit apparaître. Il semble aussi essentiel au narratif que la présence de bombasses et de belles cylindrées. Les derniers épisodes de la saga avec Daniel Craig en sont la preuve. Les nombreuses scènes fétichisant la carrure de Craig sont comme un retour aux sources, elles font écho à la fétichisation originale de Sean Connery.

 




Des scène alibis

Comme je vous le disais plus haut, le personnage de James Bond n’est pas gay ! Pour qu’il se retrouve torse-poil, il faut donc des scènes alibis. Il faut montrer ce corps sans montrer qu’on cherche à le montrer tout en le montrant quand même. Vous me suivez ? Et l’alibi le plus courant dans la série, c’est la scène de plage, ou de piscine, ou d’océan. Enfin partout où il y a de la flotte. Car Bond le britannique aime évoluer près de la flotte, turquoise si possible.

 

 

 

Alors ses longues jambes toutes musclées sont particulièrement présentes à l’écran puisqu’il est justifié qu’il ne porte que des vêtements légers comme un maillot de bain ou une petite tenue décontractée. Comme Connery en boxer de bain pour un massage près de la piscine à Miami dans Goldfinger.

Un sauvetage sur plage en intro de On her majesty’s service avec un Lazembi en chemise mouillée toute fine, toute collante.

 

 

C’est également la présence d’une piscine où barbote une nymphette à poil qui justifie que Moore retire amoureusement sa chemise dans Man with a Golden Gun afin de la rejoindre et du coup montrer un faux troisième téton et se faire passer pour Scaramanga. Si ça ce n’est pas du scénario !

 

Je pourrais vous parler de Brosnan, vêtu d’une serviette pour affronter Xénia aux thermes à Saint-Pétersbourg dans Goldeneye. Ou encore des sorties de l’océan diverses et variées comme celle, iconique, de Craig dans Casino Royal. Mais je pense que vous avez compris le topo.




Les scènes de lit

L’affiche de Thunderball en 1965 l’annonce clairement. Il y aura de la flotte et les cuisses musclées de 007 seront au rendez-vous, tout comme les bombasses. Par la suite, les possibilités où Bond apparaît torse poil se multiplient. L’autre grande alternative étant la scène dans une chambre d’hôtel. Car Bond se retrouve souvent mis en scène dans une chambre d’hôtel, en toute intimité.

 

Il sort alors de la salle de bain en peignoir échancré ou se déchausse tranquilou affalé sur un fauteuil, chemise ouverte sur son torse tout velu. C’est souvent à ce moment qu’apparaît le danger. Bond est vulnérable. Et ce danger se présente souvent sous les traits d’une bombasse.

 

L’intrigue n’a pas d’importance ici, ce qui compte c’est que la scène doit trouver son acmé au pieu. Car les scènes au pieu sont aussi essentielles à la caractérisation du personnage que les scènes de flotte.

 

 

 

Laissons de côté la ou les bombasses en mission séduction pour nous concentrer sur la scénographie.

 

 

Bond est à l’action, l’éclairage est travaillé, son corps est mis en valeur, il susurre de sa voix de stentor des taquineries sensuelles ou des trucs d’espions histoire de ne pas oublier l’intrigue et bien évidement dans ces moments-là, son regard est de braise.

 

 

Dans chaque scène de pieu, Bond est caractérisé comme un objet de désir, sinon comment rendre crédible la bombasse qui failli à sa mission parce que sous le charme ? C’est une érotisation assumée du héros. Il est toujours intéressant d’observer comment la caméra filme le personnage.

 

 

Bond est offert au regard du spectateur avec le même type de regard sensuel réservé habituellement aux femmes dans le cinéma. Cette mise en scène du corps du héros et du regard qu’on oriente sur lui sont essentielles, elles font du personnage un objet de désir et valide ainsi sa caractérisation de grand séducteur séduisant.

 

 

Bond est mis en valeur avec de nombreux cadrages sur son corps, sur ses postures, sur ses gestes et même sa voix est mise en avant avec sa célèbre présentation : The name’s Bond. James Bond. Il devient le corps à regarder. Cela transparaît dès le premier opus de la saga, c’était inédit et cela sera copié maintes fois. Pensez à Tom Cruise dans Mission Impossible. Cette évolution reflète aussi un changement culturel : depuis Bond, on peut sexualiser un héros masculin sans le rendre moins fort.




007 contre les méchants, ou l’acmé de l’homoérotisme

 

Mais je vous entends, du moins je vous imagine vous apostropher les mains sur les hanches : mais cette érotisation du personnage n’en fait pas un personnage homo-érotique ! Mais c’est parce qu’il ne faut pas oublier le méchant du film.

 

 

Mettons de côté les bombasses et la saga James Bond redevient avant tout des histoires de mecs. Avec toute l’ambiguïté qui va avec. Les films récents jouent beaucoup sur ce ressort là. Plusieurs méchants montrent une fascination pour Bond.

 

 

Par exemple Le Chiffre dans Casino Royale. Il kidnappe Bond et le fait attacher sur une chaise sans siège pour le torturer avec une corde et tenter de récupérer le mot de passe d’un compte bancaire extrêmement important pour l’intrigue mais dont l’intérêt pour le spectateur s’évapore dès sa prise de conscience de l’imaginaire SM qui se dégage de la scène.

 

 

Ah, j’oubliais. Bond est à poil pour cette scène. Aurait-elle le même impact s’il avait été habillé. Je vous laisse juge.

 

 

Et bien détrompez-vous ! Même tout habillé, Bond cuisiné par le méchant reste une scène qui fait son petit effet. Prenez le personnage de Silva dans Skyfall, dont la scène d’interrogatoire avec Bond joue clairement sur une tension sexuelle homo-érotique.

 

 

 

 

Espionnage, camaraderie virile, clubs pour hommes, militaires, politiciens, business men… l’univers de Bond est saturé de codes masculins qui entretiennent une dimension homo-érotique implicite. Les confrontations entre Bond et le méchant restent centrales.

 

 

 

 

 

Elles sont récurrentes et elles reposent beaucoup sur le trouble entre menace et séduction, entre compétition et attraction. Elles sont plus importantes encore que les bagnoles, les gadgets ou, tenez-vous bien, même les bombasses. De là à croire qu’elles ne sont là que pour la déco… 

david jean felix

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